Suicide Girls: les canons de l’alt porn
With it “postmodern pinups for an alternative nation”, the site SG opened new niches in an ever increasing lucractive industry
Sex remains by far the most googled word and every second more than a hundred dollars are spent on pornographic goods of any kind. This situation has generated a whole range of websites labelled under the term alt porn. While its definition is open to discussion, alt porn generally refers to websites whose content can offer alternatives to the standards of conventional pornography. This, in some cases, can concern as much the models’ style as the spectrum of acts they perform while, in others, it is rather bodily peculiarities that are privileged. From the latter perspective, alt porn designates sites in which models are chosen regarding their tattoos, piercings or any other type of corporeal modifications. Originally gothic, punk, rave or indie, alt porn essentially acted as a platform through which beauty canons standing for diverse sub-cultures could be conveyed.
For others, alt porn is characterised by its emancipating dimensions. Far from being the first, suicidegirls.com has yet rapidly appeared as the most efficient as well as the most profitable company in this emergent sector. Since its creation in 2001, SG has allowed its models to deal with the artistic decisions of photo shootings as well as emphasising other sides of their persona, thanks to message boards accompanying their pictures. This has been a way for SG to rehumanize sex workers, while at the same time, attracting a large female audience. Yet, despite the best will, such a discourse is hardly convincing and numerous accusations coming from former models have confirmed that such feminist claims are in fact out of place.
Nevertheless, SG’s role has been crucial in the promotion of “postmodern pinups for an alternative nation”. Indeed, according to Selena Mooney, the initial idea of SG was to give visibility to girls who, at the turn of the millennium, were characterised by the extreme heterogeneity of their looks and tastes: “Suicide Girls was the term used by some friends and I to describe girls we would see in Portland holding a skateboard, wearing hoodies and listening to Ice Cube from their IPods while reading poetry by Nick Cave”. The particularity of SG is that it has been able to translate such blends, whose association of whimsy and conformist features carries a glamour touch inspired by 40’s and 50’s pinups. By constituting its business goodwill on the re-use of this highly homogeneous visual universe, SG has truly managed to build up its own aesthetic within the world of erotic photography. This has proven to be a judicious choice which has anticipated the enormous retro revival of the past years, the latter having largely participated in the diffusion of retro-futurist styles among wishful playmates. With more than 1’000 speculative applications, the website is quite unlikely to exhaust this new gold mine. Such a craze has allowed, after the facts, to give its significance to a sub-culture that is commonly identified via its adoption of a retro style and of traditional tattoos.
Although alt porn can claim that it has grazed dominant norms of feminine beauty, in the area of porn, its impact has proved to be modest and even null. Alternative or mainstream, Suicide Girls or not, a fact remains unchanged: the repartition of profits. By controlling almost 90% of the whole of existing active porn websites, Americans have been able to take over a game generating three billions USD every year. Thus, one easily grasps the stake of developing specific sectors in this lucrative industry.
Joël Vacheron (translated by Adeena Mey)
————————————————-
En proposant une esthétique et un mode participatif original, le site Suicide Girls a posé des jalons cruciaux en matière de pornographie sur Internet
«Sex» reste de loin le mot le plus recherché à travers google et chaque seconde plus de 100 dollars est dépensé en matériel pornographique de toutes sortes. Une situation qui généré toute une gamme de sites libellés alt porn. Bien que la définition soit sujette à discussion, l’expression désigne généralement des websites susceptibles de proposer une alternative aux standards traditionnels de la pornographie. Aussi bien en ce qui concerne le style adopté par les modèles que la gamme d’actes accomplis. Dans certains cas, ce sont les spécificités corporelles, qui sont privilégiées. Vu sous cet angle, l’alt porn sert à qualifier des sites dans lesquels les modèles sont principalement choisis en fonction de leurs tatouages, de leurs piercings et de toute autre modification corporelle. Gothique, punk, raver ou indie, à l’origine, l’alt porn visait essentiellement à offrir des plateformes diffusant les canons de beautés en vigueur au sein de diverses sous-cultures.
Pour d’autres, l’alt porn se caractérise par ses dimensions émancipatrices. Loin d’être le premier du genre, suicidegirls.com s’est toutefois rapidement profilé comme le plus efficace, et le plus rentable, dans ce secteur émergent. Dès sa création en 2001, proposait en effet aux modèles de prendre en charge la direction artistique de la session photo ainsi qu’à exprimer d’autres facettes de leur personnalité grâce au message board qui accompagne les photographies. Une manière pour SG réhumaniser les travailleuses du sexe et, dans le même temps, d’attirer les faveurs d’une large audience féminine. Malgré toute la bonne volonté du monde, on est difficilement convaincu par la portée d’un tel discours et les nombreuses accusations formulées par d’anciens modèles ont confirmé le caractère déplacé de ses revendications féministes.
Par contre, SG a joué un rôle déterminant en faisant la promotion « de pinups postmodernes pour une nation alternative ». En effet, selon Selena Mooney, l’idée du site est partie d’une volonté de mettre en valeur les filles qui, au tournant du millénaire, se caractérisaient par des looks et des goûts extrêmement hétéroclites : « Suicide Girls est le terme qu’on utilisait avec mes amis pour décrire les filles qu’on croisait à Portland avec un skateboard dans la main, portant un hoodie et écoutant du Ice Cube sur leur iPods en lisant un bouquin de poème de Nick Cave ». La particularité de SG est d’avoir réussi à traduire ces mélanges, associant des éléments aussi bien fantasques que conformistes, dans un style glamour inspiré par les pinups des années 40 et 50.
En constituant son fonds de commerce grâce à la réexploitation de cet univers visuel extrêmement homogène, SG est réellement parvenu à formuler une esthétique propre dans la photographie de charme. Un choix judicieux qui anticipait l’énorme revival rétro de ces dernières années et qui a participé à diffuser ces styles retrofuturiste auprès de toute une génération d’aspirantes playmates. Avec plus de 1000 candidatures spontanées, le site n’est pas prêt d’épuiser le filon de cette nouvelle niche. Un engouement qui a permis, après coup, à signifier une sous-culture généralement identifée à travers l’adoption d’un style rétro et de tatouages traditionnels.
Même si le alt porn peut se targuer d’avoir effleuré les normes dominantes en matière de beauté féminine, cette déclinaison n’apporte cependant pas grand-chose sous le soleil du porno. Alternatif ou mainstream, Suicide Girls ou non, s’il y a un point qui reste inchangé, c’est bien la répartition des gains réalisés. En contrôlant près de 90 % de la totalité des sites pornographiques en activité, les Américains ont pris une sérieuse option sur les trois milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. On comprend vite l’intérêt de développer des secteurs spécifiques dans ce business juteux.
Joël Vacheron
Article paru dans le magazine Sang Bleu II
![]()