Le Volume Courbe: Charlotte sometimes

2006-04-12 —

Pump up Le Volume Courbe ! Des grands noms du rock anglais s’agitent autour d’une Française pas comme les autres

Le Volume Courbe est le projet de la chanteuse française Charlotte Marionneau. Son premier album, I Killed My Best Friend, révèle l’originalité d’une démarche artistique qu’elle a su porter jusqu’à maturité. Elle a notamment bénéficié des nombreuses rencontres décisives avec Hope Sandoval, Kevine Shields, David Roback ou Colm O’Ciosoig, qui ont tous participé à l’accomplissement de ce projet. Le résultat est magnifique, et à travers ce collage subtil Le Volume Courbe atteint une dimension quasi atemporelle. I Killed My Best Friend se compose d’une succession d’atmosphères intimistes et poétiques, tantôt légères tantôt plus angoissantes, desquelles se détachent la voix délicate de Charlotte Marionneau.

Bien qu’elle ait produit tous les morceaux, Charlotte Marionneau ne revendique pas véritablement le statut de musicienne, ni même celui de chanteuse. Elle se voit plutôt comme quelqu’un qui a des idées et essaie de les agencer à sa manière. Elle aime ainsi se nourrir des bruits, des accidents qui donnent à ses compositions une tournure toujours improbable. Un positionnement spontané et iconoclaste que Charlotte Marionneau associe à sa définition du punk. Selon elle, « être punk, c’est parvenir à faire ce que tu veux, c’est-à-dire quelque chose de très personnel, avec le peu de moyens à ta disposition ».

Charlotte Marionneau, Brick Lane, mars 06

Charlotte Marionneau, Brick Lane, mars 06 ©jv

Charlotte Marionneau s’inspire ainsi d’artistes comme Yoko Ono ou Nico, qui « ont essayé de faire quelque chose sans savoir. » Un positionnement expérimental qu’elle aime aussi retrouver dans les productions tatillonnes de pionniers du dub tels que King Tubby ou Lee Scratch Perry. Ancienne étudiante en audiovisuel, le cinéma fait également partie intégrante de son processus créatif. Elle s’est inspirée de films tels que Gummo d’Harmony Korine pour son côté spontané et expérimental, Citizen Kane parce que « le montage est volontairement visible », Orphée pour les textes, ou encore Répulsion de Polanski pour son côté un peu angoissé.

Originaire de Vendée, Charlotte Marionneau s’est rapidement plongée dans la scène rock foisonnante de cette région. A la fin des années 80, elle collabore notamment avec Philippe Katerine. Mais c’est surtout à son arrivée à Londres, il y a dix ans, que les choses s’accélèrent. En 1997, on lui présente Simon Raymonde, des Cocteau Twins, alors à la recherche d’une chanteuse française pour une reprise de Robert Mitchum, « In My Place ». Trois ans plus tard, elle rencontre Alan McGee, fondateur de Creation Records. « A cette époque, j’avais uniquement trois morceaux, et je ne pensais pas du tout être prête à aller lui présenter mon travail. » Alan McGee lui propose d’emblée de sortir sur son label Poptone un 45-tours du premier morceau entièrement produit par elle. Tirées à 1000 exemplaires, toutes les copies furent vendues en une semaine.

I Killed My Best Friend affiche une liste de contributions assez impressionnante. Pour Charlotte Marionneau, il s’agit plutôt de rencontres et d’amitiés qui lui ont permis de rassembler progressivement les musiques et les sons qui composent cet album. On y retrouve Keith Tenniswood de Radioactive Man, crédité sur deux compositions. Et, bien entendu, son ami de longue date Kevin Shields, de My Bloody Valentine. Le moment fort de l’album est certainement sa magnifique version de « Ain’t Got… I Got life » de Nina Simone : « Je la chante un peu de manière innocente, à la façon d’une personne qui n’a pas encore vraiment vécu tout ce qu’elle raconte. C’est une version un peu ironique. »

Joël Vacheron

Article paru dans magazine Vibrations N°82 (avril 2006)

barrejv

© Writings and photographs by Joël Vacheron. All rights reserved. Reproduction in any form without written permission is strictly forbidden.

Website by :ratio